Candidat conciliateur : Combien de temps doit-on consacrer à concilier ?
Mardi 17 septembre 2024,

« Et ça vous prend beaucoup de temps ? ». Telle est généralement la principale question des candidats à la fonction de conciliateur de justice, quand je les rencontre.
A cette question d’emploi du temps, je ne sais généralement pas très bien quoi répondre. Bien sûr, il est facile de donner mes horaires de permanence. Mais comment compter les heures à rédiger des courriers, organiser des conciliations, se renseigner sur des questions pointues, aller voir sur le terrain ou répondre aux appels ? Sans même parler des formations ou des réunions diverses avec nos magistrats.
Derrière cette question, la plupart de mes interlocuteurs se situant dans les âges de la retraite - qu’ils disent pourtant vouloir active - cachent certainement un souci de pouvoir continuer à s’absenter pour des voyages, s’occuper de leurs petits-enfants ou de leur jardin, voire aller à la pêche ou à la chasse...
►J’ai donc pris le parti, en me gardant bien de donner des chiffres, de parler essentiellement de météorologie. Non par anglomanie, mais pour préciser que, par mauvais temps, j’ai tendance à me consacrer plus à ma fonction de conciliateur, tandis que par beau temps, je garde la possibilité de me livrer à d’autres activités. Aucun de mes interlocuteurs n’a eu, jusqu’à présent, le mauvais goût de répliquer que ma région, la Normandie, réputée pluvieuse, était sans doute terre bénie pour la conciliation, ni même que, si réchauffement climatique il y a, ce n’est pas forcément bon pour les loisirs...

Derrière cette interrogation, se dissimule certainement aussi la question de l’urgence, autant que celle des "loisirs". Dans la plupart des métiers, l’urgence nous a empoisonné la vie en perturbant notre organisation du temps, en nous stressant ; on peut donc imaginer que, dans leur deuxième vie, les candidats conciliateurs veuillent légitimement s’en affranchir.
On pourrait les rassurer en leur précisant que nous évoluons dans un univers où les instances se chiffrent en semestres, voire en années ; ou encore que notre bénévolat nous donne une obligation de moyens et non de résultat. Mais ce serait accepter d’avance que nos affaires traînent plusieurs mois, quelle qu’en soit l’issue, ou que des justiciables attendent un délai déraisonnable pour obtenir un rendez-vous avec nous. Surtout si la démarche est un préalable obligatoire.
La question de l’organisation du temps est en tout cas un sujet à ne pas évacuer dans les réflexions sur le recrutement. Comment rassurer les candidats quant à l’emprise de la fonction sur leur vie de tous les jours, sur leur vie familiale ou amicale ou sur leur tranquillité ?
►Je n’y vois qu’une réponse possible : que nous soyons assez nombreux, non seulement pour pouvoir nous ménager des respirations en nous remplaçant mutuellement, mais aussi pour évacuer la pression de l’urgence en assurant assez de permanences pour couvrir les besoins au fil de l’eau et régler nos dossiers dans des délais raisonnables.
On retombe une fois de plus sur le besoin de recruter...
Lionel FLEURY , président de Conciliateurs de France