De la violence..... ordinaire ...vers la conciliation de justice
Mercredi 22 janvier 2025,

La violence est omniprésente dans les sociétés humaines, aussi bien lorsqu’elles prétendent la réprimer. Le mot, venant du latin vis, indique l’emploi volontaire de la force contre quelqu’un ; on se gardera donc de l’invoquer à tort et à travers, comme le font les médias pour susciter émotion ou polémiques. Ainsi, certains ont qualifié de violence la gifle donnée par un homme politique à un tire-laine ; d’autres y verraient plutôt un geste réflexe, voire éducatif... Tout aussi abusif, l’utilisation du terme de "violence routière" pour désigner des aberrations, a priori non volontaires, liées à la colère, la fatigue ou l’inconscience. Enfin, parler de la "violence" d’un ouragan est tout aussi inapproprié, celui-ci n’employant pas volontairement sa force, sauf à vouloir suggérer notre responsabilité dans le déchaînement des météores...
Formes incontestables de violence, car volontaires, les agressions, vols ou attentats, relèvent de la justice pénale. A côté existent de multiples formes de violence civile. Elles ne sauraient laisser indifférents les pacificateurs de la vie sociale que nous sommes.
La seule violence civile autorisée est celle des institutions. A ceci près qu’elle n’en porte pas le nom ... comme le dit le diable à l’Exorciste : "je m’appelle légion...", se dissimulant derrière des termes comme : saisie, expulsion, expropriation, avis à tiers détenteur, injonction, liquidation, redressement, garde à vue, ZFE, etc.
On se contentera ici de faire remarquer que ces procédures ont pour principale caractéristique, outre d’être implacables, leur manque de transparence : il est toujours extrêmement difficile pour les victimes de remonter, pour organiser leur défense, aux origines, aux motifs ou aux acteurs. Ces derniers se dissimulent derrière des directives lointaines, des organigrammes opaques, des textes abscons, des serveurs vocaux ou une soi-disant confidentialité.
Ce qui est en tout cas à notre portée, c’est la violence de tous les jours, la violence ordinaire. Elle a pratiquement toujours pour origine l’indifférence, l’irrespect ou le "je-m’en-foutisme", la principale force employée étant de fait la force d’inertie. Ainsi :
– le désintérêt manifeste des institutions pour les laissés-pour-compte,
– l’application impitoyable de clauses contractuelles,
– le je-m’en-foutisme de certains services-client ou bureaux administratifs,
– l’application sans nuances de réglementations étouffantes et de directives bureaucratiques,
– le manque de considération ou de prise en compte de circonstances atténuantes,
– l’irrespect des biens collectifs ou du bien d’autrui.
– l’insouciance de propriétaires ou locataires, jouant sur les imprécisions ou les manques du droit civil,
le tout nimbé d’appréhension devant la judiciarisation, son coût et sa complexité.
On ne saurait remédier à ces violences en colmatant des manques supposés dans la législation. Celle-ci, en tentant de tout prévoir, ne peut que devenir étouffante, voire décourageante pour ceux qui possèdent encore le sens des responsabilités et de la mesure, et génératrice d’effets pervers. Rappelons d’ailleurs, sans même citer les expériences de Milgram, que les méfaits du national-socialisme avaient bien tous une justification légale, et c’est l’ignorance, plus ou moins volontaire, de la population, la fragmentation des procédures et l’absence de sens moral des exécutants, qui en ont fait des violences à l’état pur.
Les violences civiles ordinaires viennent donc de l’irresponsabilité, voulue ou passive, de l’une ou l’autre partie. Et, comme la violence institutionnelle, elles manquent généralement de transparence. Ce délit, la loi ne sait pas plus le réprimer que l’incompétence, elle aussi parfois partie prenante.

Notre approche pour désarmer ces violences est alors d’identifier : identifier les responsables, identifier les causes, enfin identifier les possibilités et les voies de compromis.
Soulever le masque de l’opacité, en particulier lorsque nous avons affaire à des défendeurs personnes morales, n’est pas toujours aisé. C’est pourtant notre premier savoir-faire.
Lionel FLEURY, président de Conciliateurs de FRANCE