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Février 2026, éditorial du président de CDF
Mercredi 18 février 2026,
Dans l’histoire de la conciliation de justice - elle va avoir 50 ans - on peut discerner trois générations.
Elles coexistent toujours, les rapports annuels sont là pour en témoigner...
Au départ, existait le conciliateur armé seulement de son titre et de son stylo, encadré et formé a minima, mettant avec ardeur son expérience au service de ses concitoyens.
Ses invitations et constats, rédigés souvent à la main, étaient alors peu scrutés par les magistrats, seule la bonne volonté finale des requérants, soulagés d’être après tout délivrés de leur différend, faisant la solidité et la pérennité des accords. Cette génération comprend surtout des individus non-informatisés ou habitués dans leur carrière passée à déléguer la "cuisine" des chiffres et procédures à des subordonnés ou des collègues spécialisés.
Puis est venu le deuxième âge, celui des conciliateurs autonomes, équipés de PC-tableurs mis tout naturellement au service de leur activité ; s’accommodant sans peine du relatif dénuement de leur logistique permanences, ils ont pu "coller" au terrain.
Puisque leur équipement leur permettait de gérer et automatiser leurs modèles, de générer leurs statistiques, ils ont participé activement à la structuration de l’activité de conciliation et fait émerger la reconnaissance de son rôle par les autorités publiques et judiciaires, fournissant notamment les éléments agrégés demandés par la tutelle. Cette organisation a évidemment suscité la constitution de mini-bases de données disséminées n’offrant, en théorie du moins, que peu de garanties en matière de confidentialité et de protection. Même si les plus expérimentés sauvegardent et purgent leurs disques régulièrement.
Très nettement, notre OGD, conçu pour le premier âge, a largement profité du modèle "tableur" pour concevoir ses interfaces et entrepris d’y ajouter des exigences de sécurité.
Car la troisième génération sera celle de conciliateurs aboutés aux services en ligne et collés à leur tablette.
Avec cette dernière, difficile à sauvegarder et sécuriser, ils se trouveront dépossédés de toute vision synthétique de leur activité, enfouie dans des bases de données à l’accès compliqué par des exigences démesurées d’identification et de sécurité imposées par des autorités tétanisées par les risques de piratage. Ils seront aussi conduits à gérer à la volée de plus en plus d’avatars rencontrés en visio et signant en électronique, peu importe leur localisation. La répartition géographique, qui fait notre force, deviendrait alors secondaire derrière des affectations par spécialisation selon la nature des litiges, opérées par des procédures type services administratifs déshumanisés : "Pour un différend de consommation, Tapez 1 ; pour un trouble de voisinage, 2, etc… etc…". Ce schéma de dématérialisation - et de professionnalisation induite - est loin d’être acquis ; il se peut que ladite IA en favorise l’émergence ; elle pourrait néanmoins, à la différence du tableur, ne pas nous permettre de structurer notre action, confiant cette tâche à des algorithmes uniformisateurs.
La rencontre de “vrais gens”, la variété des situations et la diversité des solutions ne sont-elles pas pourtant une des compensations à notre bénévolat ?"